La Rolls-Royce Silver Ghost « Hardy Boys » par Corgi-Toys

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Connue de tous amateurs de Corgi-Toys, ou presque, la Rolls Royce Silver Ghost des Hardy Boys a des caractéristiques qui peuvent sembler évidentes. Rappeler ses signes distinctifs ne sera pas forcément inutile. Mais, surtout, pour nous francophones, sa genèse et sa légitimité qui peuvent sembler n’être que pure fiction, vu qu’elles sont déjà obscures pour grand nombre d’anglo-saxons, sont un véritable mystère.
Parce que j’ai réellement admiré le travail d’Andrew alias « Baskingshark« , collectionneur que je croise de temps en temps sur les forums, j’ai voulu dissiper un peu le brouillard nimbant cette mythique miniature, cette familière inconnue. Voici donc pour les usagers de la langue de Molière, l’histoire de cette voiture et de ce qui s’y rattache.

Dans « Le grand Livre de Corgi » son auteur, Marcel Van Cleemput classe la Rolls-Royce Silver Ghost référencée 9041 parmi ses 20 modèles préférés. Il dit aussi que quatre ans après son apparition, il sera vilement sacrifié aux Hardy boys.
Rééditée dans une terrible combinaison de couleurs soi-disant psychédéliques, il explique que la Rolls-Royce, est maintenant le moyen de transport pour les cinq membres d’un group de rock composé de Frank et Joe Hardy, « Chubby » Morton, Wanda Key Breckenridge et Pete Jones, lesquels, avec leurs instruments, prennent place sur le toit, clipsés sur une plateforme de plastique vert, qui s’enfiche entre les rebords de la galerie. Cette petite plateforme et les cinq membres qu’elle accueille sont livrés dans une bulle en plastique scellée et posée à l’intérieur de la boite.

Les jouets avec figurines tirent souvent leur succès des héros qui les accompagnent, et la plupart des thèmes Corgi sont identifiables instantanément (Aston Martin DB5, Volvo P1800 blanche, Sous marin jaune…). On mesure d’autant plus l’immense insuccès de la Rolls-Royce des Hardy Boys quand on la mentionne. La réponse la plus fréquente est : « Je ne savais même pas qu’ils en avaient une ». Et peu de gens savent même qu’ils avaient formé un groupe de rock ! Alors l’histoire de la voiture du groupe… (En France, c’est encore plus simple : personne ne connaît les Hardy Boys qui sont, toutes proportions, gardées un peu notre « club des cinq » qui, lui non plus, n’est pas d’origine hexagonale, passez moi l’adjectif.)

Les deux frères Hardy (Frank et Joe si vous avez suivi) sont « nés » en 1927 dans une maison d’édition qui domine, dans les années 1920 le monde des livres pour la jeunesse, et possède nombre de groupes d’enfants, jumeaux, ou garçon solitaire, héros de séries d’histoires à succès. C’est, de loin, les frères Hardy qui auront la plus longue vie, parmi tous ces personnages.

Garçons bien éduqués, polis, ils mènent des enquêtes, avec tous les moyens que ne manque pas de mettre leur père à disposition. La notoriété de leurs parents les met même à l’abri de tracas qu’un quidam pourrait avoir s’il mettait son nez là où il ne faut pas. Ils peuvent même utiliser l’avion de leur papa pour se déplacer loin dans le pays. Evidemment ils vont aussi au lycée où ils sont bien évidemment de brillants élèves, excellant dans toutes les matières. Vous voyez le tableau !

Ils ont éclipsé tous les autres personnages maison, et sont toujours « en vie », apparaissant dans 190 livres de la série originale, mais aussi sur des applications iPhone, des séries télés, des jeux vidéo, des dessins animés… Ils ont même reçu le renfort d’une détective, leur ressemblant fort et censée attirer un lectorat féminin qui faisait peut-être défaut jusqu’alors.

La première aventure télévisuelle fut tentée en 1956 par l’intermédiaire de Walt Disney, avec une aventure publiée comme série du Club Mickey Mouse et dont le succès fut suffisant pour l’écriture d’un second film. En 1966 un contrat est signé avec NBC pour un pilote qui doit conduire à une série hebdomadaire. Y apparaît même Jan-Michael Vincent, bien avant Supercopter. Diffusé l’année suivante et très bien accueilli par les fans, le peu succès de ce pilote condamne d’entrée la série. Qu’importe, c’est le concurrent de Disney, Filmation qui frappe à la porte, ayant une idée précise sur la façon de faire un carton à la télé !

De fait les adaptations des aventures de héros de Comics fonctionnent bien, et les parents soucieux de l’éclosion d’une certaine violence télévisuelle, voient d’un bon œil l’arrivée dans ce paysage cathodique (oui à l’époque c’était cathodique), de héros propres sur eux et dénués d’agressivité. Mais satisfaire les parents était une chose, enthousiasmer les enfants, une autre.

Parallèlement, Filmation produisait la série The Archie Show, elle aussi basée sur une série éditée en Comics, qui connaissait un énorme succès. Mais plus encore que la série elle-même c’était la bande son qui avait un grand retentissement. Chaque épisode d’une 1/2h contenait deux histoires séparées par un gag et un clip vidéo d’un morceau joué par Archie et son « garage band ». La musique composée par Don Kirschner impresario du groupe issu de la télé, The Monkies, donne à The Archies, sa plus grande célébrité à un groupe fictionnel. Entre 1968 et 1971 ils réalisent nombre d’albums et singles. En 1969 le tube Sugar, Sugar (ah vous voyez, enfin un repère, un truc que l’on connaît tous !) détrône même au hit parade, les Beatles, les Rolling Stones, Jimi Hendrix ou bob Dylan, excusez du peu. Il permet d’amasser une fortune tout en horrifiant les fans de « vraie » musique. Oui réécoutez bien cette mélodie que vous connaissez par cœur. Musicalement… Bon, où en étais-je ?

Alors pourquoi ne pas appliquer à nouveau cette recette ? Mieux, sélectionner des vrais musiciens collant aux personnages ce qui permettrait même de faire des vrais concerts (et gagner encore plus d’argent) ce que ne pouvaient faire The Archies, composés de deux seuls vrais musiciens. Ca ne pouvait que marcher ! Ils avaient tort. Très beaucoup !

Aux deux frères Hardy on adjoignit un de leur disciple (un peu bêta) qui les accompagnait depuis longtemps dans leurs livresques aventures. C’est Chet Morton qui devient « Chubby » Morton. Comme il n’était pas commercialement raisonnable de produire un groupe composé uniquement de garçons, on y adjoint une espèce de gogo danseuse mini-jupée, dont le principal talent était d’être capturée par les vilains garçons, obligeant ainsi ses acolytes à se lancer dans l’aventure. Et enfin, mais pas des moindres, Pete Jones. Pete est noir, et en 1969, il devient le premier personnage de couleur à apparaître dans un dessin animé diffusé tous les samedis matin. Vous voyez, on en apprend des choses !
Il fallait maintenant trouver cinq vrais musiciens capables d’incarner les Hardy dans la vraie vie. On prit donc des artistes aux solides CV, en omettant juste de mentionner le passage de Deven English (en tant que Wanday Kay) au Playboy Club Bunny.

Ne manquait plus qu’un moyen de transport…
Plein de produits dérivés étaient prêts, costumes au goût douteux, jeu de société, un kit « fan club », …, et la Rolls-Royce Corgi ! Quelle idée ! On ne sait pas très bien qui l’a eue. Sans doute que l’incontournable minibus, absent du catalogue Corgi-Toys, a conduit le staff du fabricant, peu enclin à fabriquer un nouvel outillage, à proposer ce qui pouvait s’en rapprocher le plus (sic!).

Comme vous ne pouvez le deviner, dans le dessin animé, la voiture est jaune avec des ailes et marchepieds orange. Corgi l’a quelque peu assaisonnée… ! La carrosserie est rouge avec huisseries et toit jaune. Le capot et le tablier le sont aussi alors que les châssis les ailes et les garde-boue sont d’un bleu assez vif. Les accessoires sont couleur d’étain contre chrome sur la version originale. Les roues ne sont plus à rayons, mais à disques pleins toujours dans le même ton. Cette voiture possède aussi une échelle, nécessaire au groupe pour s’y produire mais surtout pour y déposer et reprendre leurs instruments (absents du modèle) entre deux investigations. Un dessin dans « Le Grand Livre de Corgi » a même laissé supposer que cette voiture forte de 60ch pourrait tracter un hors-bord, mais elle ne fut même pas équipée de crochet. Et comme elle doit accueillir toute la bande sur son toit (une fiction donc) celui-ci n’accueille plus de roue de secours.

Les ventes de cette Corgi-Toys, référencée 805,  furent un désastre, et ses 40.000 unités écoulées en deux ans en font une des plus mauvaises ventes de Corgi-Toys en 28 ans de production. Qu’en aurait-il été si l’auto avait plus collé aux couleurs du cartoon comme vous pouvez le voir sur l’exemplaire de pré-production ?
Evidemment la série fut aussi une calamité pour Filmation. Même à l’heure d’Internet, il est difficile de savoir combien d’épisodes furent réalisés même si le chiffre le plus souvent avancé est 35.
Si ce dessin animé présentait, avec sa mixité raciale, une première, il présentait aussi un épisode où fut évoquée la drogue avec un personnage prononçant même le mot « dope » (nous sommes en 1969) !
Ce fut aussi la première série animée à inclure des annonces exhortant les spectateurs à rester dans le droit chemin, ne pas boire, ne pas fumer ou prendre de la drogue, être poli et toujours attacher sa ceinture de sécurité. Ce dernier point était quelque peu hypocrite dans la mesure où la Rolls-Royce de la bande n’en possédait pas et que ses membres n’en mirent donc jamais.
Jamais édités en vidéo, quelques épisodes de cette série furent inclus dans des compilations de dessins animés.
A ce jour un épisode est disponible sur YouTube, qui suffit à comprendre l’échec de la série : plans ne dépassant pas dix secondes et transitions de type psychédélique, personnages au bavardage incessants, j’en passe et des meilleures…

Inutile de préciser que les trois singles et deux albums du groupe entièrement monté pour l’aventure furent des flops, même pas retentissants.

Ah oui, si tout cela n’était pas suffisant à faire couler sûrement la série, la date de lancement fut aussi un mauvais choix. La semaine suivante arrivait sur les écrans le premier épisode de ce qui allait devenir un phénomène culturel : Scooby Doo !
Basé au départ sur l’aspect groupe de musicien, l’accent fut heureusement mis sur le côté canin.

Les Hardy Boys ont quitté l’écran en 1971 et la Rolls-Royce Corgi-Toys a quitté la scene. Celle-ci n’avait dans un premier temps été commercialisée qu’aux Etats-Unis et moins de 10.000 unités ont été faites pour le marché anglais. On la trouve, certes un peu difficilement, mais souvent en état neuf en boite. Ceci peut s’expliquer par le fait que le dessin animé n’était pas plus diffusé chez nos voisins que chez nous et que les enfants ont certainement boudé ce jouet, dont des lots entiers furent ensuite revendus comme stocks de magasins. On en trouve aujourd’hui à moins de 250€, mais plus souvent entre 300€ et 400€. Soit une dizaine de fois la cote de la même Rolls-Royce dans sa livrée standard, il est vrai, produite à 200.000 exemplaires et même rééditée en petite quantité à l’occasion de la sortie de la référence 805. Les modèles sans boite, ont souvent perdu leurs accessoires, et notamment la base verte. De plus tout comme la Silver Ghost standard, la statuette est dans ce cas souvent cassée, tout comme les rambardes de toit, fragiles elles aussi. Et d’après certains, plus encore dans leur version jaune (le colorant influerait-il sur le vieillissement du plastique ?…). Un accessoire supplémentaire, spécifique à cette miniature est lui aussi très fragile : c’est l’échelle qui est rivetée à la base (!) et donc non interchangeable si jamais elle se trouvait être cassée.
Lorsque l’on juxtapose la Silver Ghost Standard, dans sa livrée grise et noire, à cette version « Hardy Boys », on réalise à quel point le travail de Corgi-Toys a porté ses fruits pour la couleur de son premier modèle. Le gris des deux parties plastique s’accorde parfaitement avec celui du capot et du tablier peints. Et ce, sans altération de l’une ou l’autre des teintes après près de 45 ans. On remarquera, pour l’anecdote que le châssis de la référence 9041 comporte aussi un trou au niveau du réservoir. Soit c’est une édition tardive utilisant le moule fraîchement modifié pour la référénce 805, soit cette Rolls-Royce avait été conçue, dès le départ, pour recevoir, qui un crochet d’attelage, qui une échelle. Peut-être même autre chose. Si vous avez une Silver Ghost limousine standard, regardez sous son réservoir. Je suis intéressé par un cliché qui pourrait montrer que le réservoir fut, avant 1970, sans trou.

En 1977, les Hardy Boys réussissent enfin à crever l’écran. Oh, discrètement, dans une série télé où apparaît un des futurs sauveteurs d’Alerte à Malibu. Cette série a donné aussi naissance à un modèle réduit des Hardy Boys. Un van au 1/25 produit par Revell et difficile à dénicher aujourd’hui. Et enfin, en 1995 une série canadienne avec acteurs locaux a été faite, mais elle fut encore plus discrète.

Pour en terminer, il existe bien une série d’histoires appelée « The Three Investigators », initiée en 1964, et dans laquelle les héros ont l’usage d’une antique Rolls-Royce dorée avec chauffeur (ils n’ont pas l’age de conduire). Mais, s’il semble bien que les scénaristes travaillant sur la série animée aient pu s’en inspirer, les Hardy Boys, ont eu des motos, une décapotable jaune, des vans, et leur tante Gertrude une Coccinelle, mais pas de Rolls-Royce.

Voilà vous en savez désormais un peu (plus) sur cette célèbre miniature. Et si vous voulez (beaucoup) plus de détails, de connections, et d’anecdotes sur le sujet, allez voir directement l’article dont cette page n’est qu’une infidèle et bien incomplète traduction.

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