C’était mieux avant !

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Tout se perd !

Tout se perd ?

Facile à dire, mais on peut se poser la question. Evitons les poncifs prêtés à Francis Cabrel que j’admire beaucoup par ailleurs.

Avant, c’était… différent.

J’entends dire ça et là que les miniatures ont perdu leur charme au fil du temps, lorsqu’elles ont gagné en précision, et surtout en détails. Je plussoie.
Il se dit aussi que c’est logiquement que cette évolution s’est faite puisque que nous sommes passés de jouets évoquant plus ou moins précisément des véhicules réels à des reproductions les plus fidèles possibles. On a gagné en fidélité, ce que l’on a perdu en mobilité, charme et simplicité.

Mais est-ce bien systématique ?

A travers quelques exemples, qui ne feront pas une contre vérité des propos précédents, nous allons constater que, parfois, le développement de ces modèles réduits n’a pas été accompagné par une plus grande fidélité. Même lorsque la miniature a vocation à être collectionnée plutôt qu’à être un jouet. Mais aussi que l’on a parfois perdu en fidélité ET en jouabilité !

Dans le premier cas, c’est l’accent mis sur l’aspect ludique du jouet et les impérieuses réductions des coûts qui a causé l’enlaidissement d’une miniature. Le moule de la Rolls-Royce Silver-Shadow coupé présentée par Corgi-Toys en 1970 sous la référence 273 a été utilisé aussi, un peu plus tard pendant neuf ans pour fabriquer la référence 280.
La première miniature est certes plus élaborée, et pas tout à fait dans la même gamme de prix. La série à laquelle elle appartient et qui est composée de sept modèles sera d’ailleurs abandonnée dès 1971.

On peut penser que la nouvelle venue a sacrifié ses attraits sur l’autel de la jouabilité. Que nenni ! Si, si vous dis-je ! Certes elle roule mieux, surtout quand on la lance. Mais à part ça ? Pouvoir découvrir une roue de secours en ouvrant le coffre, n’est-ce pas une invitation au jeu ? Mieux ! Pouvoir décrocher une roue et laisser la voiture reposer sur un cric, n’ouvre-t-il pas un formidable espace d’amusement ? Et encore mieux que mieux, chacune de ces roues possède non seulement un pneumatique dissociable,  mais reproduit assez fidèlement les enjoliveurs montés sur ces gros coupés anglais. Avec, cerise sur le gâteau, deux R entrelacés en son centre.
Argument difficilement recevable donc que cet aspect ludique accentué. Pour moi, il est même fortement atténué.
Alors, est-elle plus fidèle ? Pas plus. Au contraire. Ses nouvelles roues de type « Whizzwheels » lui vont moins bien qu’un chapeau à une autruche. Trop hautes, trop larges, elles lui donnent des allures de « big foot ». En total désaccord avec le caractère de l’auto. De plus le dessin de la jante est aussi banal que laid. Ne parle-t-on pas d’ailleurs de « roue bouton », tant il est vrai qu’un bouton serait aussi joli. Dans la gamme des voitures à roues détachables ou Take-Off Wheels, pratiquement toutes avaient leurs jantes spécifiques.

Le diktat marketing a, retrospectivement, pour nous collectionneurs, enlaidit ces reproductions qui ont su être plus fidèles qu’on ne le pense.

Et je vais vous donner un autre exemple plus pertinent.
En 1966, Corgi-Toys étend sa gamme de tacots, pardon sa gamme Corgi Classics naissante, et y présente une superbe Rolls-Royce Silver Ghost d’avant guerre (la première). Un classique parmi les classiques.

En 1983 Corgi-Toys a mis la clé sous la porte, mais le nom demeure. Dès 1985 est rééditée cette Silver Ghost dans une optique de collection. En trois coloris différents. Gris métal, noir et bordeaux de plus courant au plus rare. On découvre un modèle bien moins fidèle.
Nourri aux premières répliques détaillées, j’ai, dans ma jeunesse, franchement détesté les phares diamants. Pas ce qu’il y a de plus réaliste, ils sont cependant bien plus « expressifs » que la surface métalique proposée par la réédition. La statuette, qui sur l’antique miniature est assez ressemblante à l’œuvre du sculpteur Charles Sykes, a l’air, sur le nouvel objet de collection, d’un ourson chocolat guimauve qui aurait été chromé


Le pire reste à venir.
Ce sont les roues. Les douze baguettes métalisées de la version moderne sont censées reproduire les rayons en bois des roues de type artillerie de la vraie voiture. Au nombre de 14 à l’arrière et 10 à l’avant, ils sont fidèlement reproduits sur la réplique des sixties, sur laquelle non seulement le nombre mais aussi la forme sont respectés.
Alors donc que l’avènement de techniques nouvelles telles que la photodécoupe ou la maîtrise des résines pour de petites pièces auraient permis, à partir d’un moule juste, de faire une miniature plus détaillée, plus précise encore, bref, plus fidèle, il n’en fut rien.

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Malgré ma collection modeste, aux thèmes (je ne peux employer le pluriel que depuis peu) restreints, je peux trouver encore au moins deux exemples.
C’est celui d’une icône de l’automobile. La Rolls-Royce Silver Cloud.
En 2010, un des fabriquants chinois dont on sait pas excatement qui il est (car opérant sans licence et sans autorisation) a proposé une Silver Cloud I dans sa configuration standard.
Les cotes de la voiture sont numérisées et le moule créé par ordinateur.
On constate que malgré la débauche de détails de l’intérieur, les pièces photodécoupées, toujours plus fines et nombreuses, la peinture appliquée avec soin, des défauts majeurs sautent aux yeux. Passages de roues (et roues) trop petits, phares trop hauts (à moins qu’il ne s’agisse de la face avant dans son ensemble)… Bref, rapidement on ne focalise plus que sur le déséquilibre général de l’auto. Et encore… Ça, c’est si on la laisse seule ! Sinon, on s’aperçoit qu’elle a, en plus, la taille d’une Phantom V !
Cinquante ans auparavant Solido, à travers sa référence 115, a donné la plus belle Silver-Cloud au 1/43 que l’on puisse rencontrer. Aucune pièce rapportée, pas même de mascotte sur la calandre, parfois pas d’intérieur, des joints de portes figurés en relief et non en creux. Mais quelle stature ! Qui lui provient de sa fidélité, de son équilibre.

Un autre cas, peut nous amener à faire un constat assez décevant également. Non pas que la plus ancienne de ces deux Silver-Shadow, de 45 ans l’aînée de la production chinoise, soit très réussie, mais elle affiche une certaine cohérence et ne présente pas de grossière erreur. La Dinky-Toys n’est ici pas plus juste que la production chinoise de 2009. Et la chinoise ne l’emporte pas non plus. Alors ? Eh bien, en plus de quatre décennies, pas vraiment de progrès, sauf si l’on se contente d’admirer un intérieur détaillé et un fourmillement d’accessoires photodécoupés tels que des joncs latéraux, des poignées de porte, entourage de prises d’air, essuie-glace… Bon ok, les portes ont des pourtours très épais sur la Dinky-Toys, mais elles devaient pouvoir être ouvertes des milliers de fois sans casser. Pas sûr qu’on puisse en faire autant avec celles de la Golden-Shadow (oui : la Silver-Shadow couleur vieil or). Bien sûr honnêtement le produit chinois est assez convaincant. Mais où sont passées les gouttières de toit, présentes sur le jouet anglais ? Pourquoi le sommet de custode est-il si rond ?

Est-ce par hantise de reproduire l’erreur de dinky-Toys quant à la taille des roues que les chinois ont préféré donner à leur Silver shadow un côté « racing » dû à des roues démesurées ? Bref, on a su faire mieux 10 ans auparavant. Regardez donc la Silver-Shadow de FYP. Rien que de profil, on voit bien son assise et son allure générale beaucoup plus réaliste.

Pour schématiser, je dirais que ces récentes productions sont à l’image de la vie actuelle. On s’intéresse de plus en plus aux détails, à l’anecdote, sans prendre de recul ! Peut-être les réducteurs d’autos, quand c’est possible, ne devraient-ils pas seulement s’inspirer de la véritable voiture, mais aussi des produits réalisés jadis ! Ou peut-être juste prendre le temps de relire leur copie… avant de la rendre.

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