Un bijou parmi les modèles.

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Cette Bentley S Continental, vous la connaissez tous. Et si ce n’était pas le cas vous trouverez sans doute cet article plus intéressant. Peut-être est-ce prétentieux de ma part, de qualifier cet article d’intéressant, alors disons plutôt assez instructif.

C’est que je l’aime cette miniature, et déplore qu’il n’y ait pas eu, comme pour la Jaguar Mk X du même fabricant, au moins une dizaine de coloris. Mais certaines Corgi-Toys, plutôt rares, n’ont été déclinées qu’en une seule ou deux ou trois couleurs. Alors pour mettre à l’aise l’attentif lecteur, je dis tout de suite:

« Oui, il existe une version laqueé « or » qui fut commercialisée, sept mois après la sortie du jouet, dans le coffret Golden Guinea Gift set, mais cette variante, même rare, ne m’intéresse pas, mais vraiment pas du tout ! »

Pour la rareté, je préfèrerais trouver une version avec les pare-chocs et la calandre plaqués or. Mais ces rarissimes exemplaires doivent être une poignée, à moins qu’il ne s’agisse que d’un essai unique, et est (sont) quasiment introuvable(s).

Donc avant d’observer le modèle, sous toutes ses (hautes) coutures, je ferai l’inventaire des coloris édités.  Ils sont au nombre de deux, si l’on excepte la nuance de vert que certains disent avoir observé. La première combinaison de couleur proposée, si l’on s’en réfère au magazine du Corgi Model Club de Pâques 1961, est du noir verni sur du gris métallisé. Deux vrais modèles y apparaissent photographiés dans cette association de teintes. Cependant, si l’on y fait attention, le décor dans lequel apparaît le modèle, sur le premier catalogue édité après la sortie de la Bentley, celui de 1962, montre le coupé dans sa seconde robe : un ivoire ou un vert très, très pale, selon les perceptions individuelles, voire blanc d’après certains, sur du vert olive. Et une publicité vantant cette nouveauté, la montre avec une partie supérieure très claire, et ce, dès le mois de sa sortie. La disposition des teintes fait ressortir la fameuse coach line des Bentley S et Rolls-Royce Silver Cloud, et que l’on retrouve ici, sur ce célèbre modèle, décliné en coupé à haute performance (et tarif élevé !). Cette même découpe est utilisée pour les deux accords chromatiques. Dans tous les cas l’intérieur est rouge, qui se marie très bien aux coloris de carrosserie. Une robe lumineuse, un autre plus stricte qui ne concède rien à l’élégance. Les deux, vous le verrez plus loin, ont été produites simultanément, à un moment au moins. Un modèle revêtant une robe unie aurait été aussi très agréable, ou la répartition des teintes aurait pu être différente comme vous pouvez le constater au vu de certaines de ces Bentley.

Cette Bentley Continental, carrossée par H.J. Mulliner avant de l’être par Corgi-Toys, est en elle-même un modèle élégant et désirable. Elle marque toutefois le monde de la miniature à cette échelle de pas moins de trois nouveautés, et même cinq au sein de la gamme Corgi-Toys !  Les deux innovations spécifiques à ce manufacturier étaient apparues chez des concurrents bien avant. Les pare-chocs et calandre métallisés et rapportés dès février 1959, soit deux ans et deux mois plus tôt, chez Dinky-Toys avec la Rolls-Royce Silver Wraith. Ici, tout de même, une particularité. Le pare-chocs arrière fait partie d’une grande plaque qui forme le plancher et le fond du coffre. Curieusement, la base en zamak s’étend tout de même jusqu’à l’extrémité de l’auto… pour fixer cette plaque. Ce choix s’explique peut-être, mais j’ai du mal à le comprendre.

Antérieure également, fut l’apparition des jantes tournées sur les Solido ou Quiralu par exemple. Même si l’Aston Martin DB4 de Corgi fut proposée avec des roues à rayons, jusqu’ici les jantes plates étaient la règle chez Corgi, et il faut bien avouer qu’elles alourdissaient les silhouettes et faisaient figure de parent pauvre. Inaugurées sur cette Bentley, ces jantes équiperont dès lors les nouveautés, puis les anciens modèles encore produits, dès 1962.

Les trois autres nouveautés, dépassent le cercle, déjà grand, de la gamme Corgi-Toys. Elles sont une première, tout fabricant confondu dans ce type jouets. Et l’une d’entre elles va faire date dans ce microcosme.

Il s’agit des « feux diamants ». Et Corgi-Toys n’a pas fait les choses à moitié. Il a doté sa voiture non seulement de phares diamants (strass moyens et blancs) mais aussi de feux diamants (strass rouges et minuscules) au nombre de quatre ! Ces petits bijoux (en anglais dans le texte) sont enchâssés dans les orifices correspondants, entourés d’un petit joint. Du grand art, mais qui augmente le prix de revient. Chez Corgi-Toys cet équipement va se généraliser progressivement pour devenir le standard quand il n’est pas éclipsé par un autre système tel le procédé Trans-O-Light par exemple.

D’aspect curieux de prime abord, il permet de refléter la lumière et ainsi donner l’impression de feux et phares allumés. Il faut juste être bien placé pour en percevoir l’effet. Même Dinky-Toys passera, mais relativement plus tard, à ce fourniment. Pour information, je ne connais pas d’autres Corgi-Toys ayant utilisé ces strasses pour les feux arrières, à l’exception de la Corvette à roues détachables et de la Bertone runabout. Pierres de toute (petite) taille, RhineStone Enterprises Ltd les fournissait à l’usine de Swansea sous forme de plaques de deux à cinq cents pièces, chaque petit morceau de verre étant enchâssé dans du plastique, mais aussi parfois en simple rail de quelques dizaines ou de quelques unités.

La seconde « première », certainement la plus spectaculaire et la plus ingénieuse, est une direction couplée à une suspension indépendante ! Je l’ai déjà évoquée à travers d’autres modèles, dans d’autres articles. Ce combiné suspension et direction est très abouti et d’un agrément bien supérieur à celui de chez Dink-Toys. La direction a cependant la même bizarrerie que celle de son concurrent direct. Il faut appuyer du côté duquel on veut tourner, contrairement, par exemple, à celle proposée par Tekno qui, elle, obéit aux lois de la physique conventionnelle. Avant d’aborder la nouveauté suivante, je vous propose de jeter un œil à ce système. Je n’ai pas de véhicule à disséquer, mais les deux clichés suivants pourraient, je l’espère, vous permettre de comprendre son fonctionnement. Chaque roue est montée sur un demi-axe enfiché dans une petite plaque, fixée sur le berceau inférieur où est inscrit « foreign patents pending ». Chaque plaque possède, vers l’avant, un axe vertical autour duquel est monté un ressort hélicoïdal.  Vers l’arrière un trou permet de recevoir la barre de couplage des roues. Quand une roue tourne, cette barre fait donc pivoter l’autre plaque. Mais cela n’empêche pas chacune d’elle de comprimer, indépendamment l’une de l’autre, son ressort, et donc, d’offrir un débattement vertical important de la roue associée. Sur le second cliché, vous pouvez voir le ressort, mais aussi la longueur du retour de la barre de couplage qui sert de second guide aux plaques support des axes de roues. Vous comprenez donc que cette « Authentic self-centering steering »,  qui se recentre automatiquement comme son nom l’indique, n’équipera que deux autres modèles Corgi-Toys tant son prix de revient était élevé. Seul le très beau transporteur de course « Ecurie Ecosse » et la Mercedes 220 SE coupé lancés moins d’un an après en bénéficieront. Et encore, il sera abandonné sur la Mercedes, deux ans après sa sortie, changeant de référence au passage.

La troisième particularité est le coffre ouvrant, qui abrite une roue de secours. Avec le recul, ça paraît presque ordinaire, même faire partie du minimum offert par une miniature. Mais l’observation, des gammes des divers fabricants montre que c’est une fonction pas si fréquente dans la première partie des années 1960, et on a bien affaire à une première en l’occurrence. On peut noter quand même la précision de l’ajustement, caractéristique que l’on retrouvera chez ce manufacturier, et mise en valeur par la comparaison avec un produit similaire d’un rival bien connu par exemple. C’est le second véhicule Corgi à avoir un ouvrant, la première étant, encore elle (!), l’Aston-Martin DB4.

Evidemment, on n’oubliera pas la présence de vitres (apparues depuis deux ans seulement chez Dinky-Toys), un intérieur aménagé avec volant, et une suspension arrière aussi agréable et efficace que celle de l’avant quoique de conception différente. Sa peinture métallisée, pour les exemplaires qui l’arborent, est d’une très grande finesse et il est pratiquement impossible d’y déceler les paillettes. Une particularité de ce modèle sont ses pneus gris. Très peu fréquent que ce coloris, tous fabricants confondus. C’est vrai que les automobiles avaient parfois des pneus à flancs blancs, mais jamais de pneus gris ! Ou pire : blancs… Chez Corgi, ce sera l’unique modèle à être équipé de tels pneumatiques. Peut-être un test grandeur nature qui n’aura pas été renouvelé. En tout cas ce pari fut gagnant sur un point. Ce gris s’accorde parfaitement aux teintes de la Bentley.

Voilà qui tout ce qui fait le charme du produit, replacé dans son époque,  mais aussi aujourd’hui. Un véhicule classique, quoique résolument moderne, qui contient une foule d’innovations devenues discrètes à force de temps. Et un ligne plutôt très bien retranscrite, ce qui ne gâche rien. Sinon une miniature référence, cette Bentley est un jalon dans l’évolution des modèles réduits. C’est en tout cas mon avis. Ce devait être aussi celui du bureau d’études de chez Corgi-Toys dont faisait partie Marcel R. Van Cleemput. Dans son livre, qui est une référence incontournable dans la connaissance des jouets à l’emblème canin, il y accorde, en effet, une place importante. Et puis c’est un des modèles qui a eu droit à une pleine page* dans le magazine du club d’une part, et surtout, à son présentoir spécifique (comme la DS Le Dandy, le Bedford Carrimore ou la jaguar Mk X) d’autre part. La direction du fabricant prétendait même que Rolls-Royce (donc aussi Bentley à l’époque) était stupéfait par le réalisme poussé du modèle. Ces éloges ne furent pas démentis par les ventes de l’année, puisqu’en 1961, c’est ce modèle qui totalisera le plus grand nombre de ventes avec près de 350.000 petites autos distribuées.

Dans le magazine du club, on voit un cliché de deux exemplaires du modèle devant le show-room de Barclay, célèbre concessionnaire londonien de Rolls-Royce & Bentley. Ces petits trucages seront expliqués quelques numéros plus tard, pour permettre aux enfants de réaliser leurs propres mises en scène des modèles de leur collection.

Son échelle colle parfaitement aux standards de chez Corgi-Toys (ou Dinky-Toys Angleterre d’ailleurs), visant à la réduire, pour des raisons technico-commerciales à la même longueur qu’une Citroën DS ou une Austin Cambridge, sans toutefois, et heureusement, y parvenir ! Elle peut ainsi cohabiter avec les Rolls-Royce et Bentley (réf. 150 ou 551, 194 et 198) de son concurrent, car elle est au 1/50.

Produite à près d’un million d’exemplaires d’avril 1961 à 1965, c’est une Corgi-Toys courante que vous pourrez trouver facilement. Il vous restera à choisir la livrée que vous pensez lui aller le mieux. Et en cas d’incertitude, n’hésitez pas. Prenez les deux.

* Voici ma traduction personnelle, mais que je crois assez fidèle, de cet article.

« UN BIJOU PARMI LES MODELES

Tout le monde sait qu’il n’y a pas de meilleure automobile qu’une Rolls-Royce, sauf peut-être sa sœur jumelle : la Bentley ! Les derniers modèles sont certainement les plus brillants exemples d’ingénierie automobile aujourd’hui, et quand les ingénieurs et designers de Corgi ont décidé d’ajouter un modèle Bentley à leur gamme, ils étaient déterminés à ce qu’il ne soit pas moins brillant.

Dès le début d’avril [1961] vous pourrez constater qu’ils y sont parvenus, car la nouvelle Corgi de ce mois est, sans contestation, le plus magnifique modèle jamais produit. C’est un modèle réduit de la Bentley [S] Continental coupé, n° 224 dans la série Corgi, qui mesure 10,8 cm de long, et il en impose vraiment avec ses nouveaux équipements !

Bien sûr, il a des vitres en plastique transparent, et un intérieur complètement détaillé, avec tableau de bord, sièges et volant. Mais il a en plus, une vraie suspension avant indépendante, les roues avant ayant leur propre amortissement. Elles sont montées sur des pivots, et une pression sur un côté ou l’autre de la voiture la fera tourner dans la direction voulue. Les roues sont liées par une barre de couplage, aussi, lorsque vous relâchez la pression, la direction se recentre d’elle-même.

La calandre et les pare-chocs sont chromés avec un degré de finition extrêmement élevé. A l’arrière, le couvercle du coffre à bagages s’ouvre comme sur la vraie voiture, sur un volume dédié aux bagages et une roue de secours amovible. Pour couronner le tout, les designers de chez Corgi ont eu la brillante idée d’utiliser de minuscules bijoux pour les feux avants et arrières. Si vous regardez le modèle à la lumière, vous avez l’impression qu’ils sont réellement allumés. Voilà pourquoi le modèle Corgi 224 a été décrit comme un « bijou parmi les modèles. »« 

Moi, je suis entièrement d’accord; et ce n’est pas Philippe qui vous dira le contraire non plus ! Cette miniature l’a accompagné durant une partie de son enfance :

« Prestigieuse, parce que née BENTLEY, ludique, avec sa suspension/direction obéissant « au doigt et à l’oeil », son coffre ouvrant et sa roue des secours,.sa ligne me « faisait quelque chose » malgré l’échelle « bâtarde », ignorant alors sa parenté avec mes chères FACEL (à quand les Cresta miniatures??????).
Verte et blanche, elle partageait cette robe avec un VW combi « 32 glaces » et un camping car Ford Thames, tous deux de chez CORGI; ce trio me permettait de me déplacer élégamment d’un circuit de course à l’autre, dans mes jeux de jeune collectionneur, « moa » en Bentley, dormant dans le Thames (et y prenant bien sûr le tea), tandis que mes mécanos s’accommodaient du combi.
Peu de miniatures peuvent se vanter d’avoir été constamment dans mon « top ten », tout comme la Silver Cloud Solido, même si, honnête, j’ai rendu l’original à ma soeur, son légitime propriétaire, une fois sa semblable dénichée en bourse. »

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