Histoire de moules.

2

Les artisans français avec qui j’ai pu être en contact pendant ma brève vie de collectionneur, sont à peu près unanimes. L’utilisation de la résine comme matériau principal pour une miniature peut s’avérer rentable dès que l’on produit 200 pièces. Et dans ce cas, 300€ est le prix minimum unitaire de chaque modèle (années 2010) pour pouvoir espérer juste survivre.
Comme vous l’imaginez sans doute, créer un modèle réduit requiert des investissements bien plus lourds dès lors que l’on utilise le zamak comme matériau. Et là, trois à cinq mille modèles semblent être le minimum, pour rentabiliser l’investissement parfois colossal. Prenez une marque comme Minichamps, par exemple. Ses modèles sont vendus en séries limitées. Mais seuls les coloris sont limités. Et une Bentley Arnage, moyennant quelques variations dans les accessoires ou tampographie, peut avoir été produite à près de 20.000 exemplaires. Seulement, malgré des études de marché, rien ne garantit que le succès commercial sera au rendez-vous.

Aussi, et depuis près d’un demi siècle, certains moules ont été rachetés, prêtés, utilisés sous licence… Et il est parfois difficile de s’y retrouver, car il se peut que la société nouvellement acquéreur du moule y apporte des retouches.
Certaines ont même repris exclusivement des gammes complètes pour produire, soit des copies, soit leur marque entière en mettant au goût du jour des modèles jugés trop simplistes, souvent par l’adjonction de pièces rapportées. Les exemples sont pléthore. Aussi, comme je tiens, dans la mesure du possible, à n’utiliser que mes modèles pour illustrer mes causeries, je ne vous donnerai que quelques exemples de Rolls-Royce et de Bentley. Puis aussi celui d’un camion, avec une illustration d’un modèle qui fut en vente chez l’Auto Jaune.

Jusqu’à il y a quelques mois, la Rolls-Royce Silver Cloud, voiture emblématique, était, au 1/43, difficile à trouver dans une interprétation fidèle. Et depuis la fin des années 1950, Solido en proposait la reproduction la plus convaincante. Seulement un maigre intérieur, quand il y en avait un, aucune pièce rapportée, sauf un volant, parfois présent, parfois non.
Aussi à la fin des années 1980, comme il l’a fait avec pratiquement la totalité de l’ancienne gamme Solido, Verem utilise le moule de cette Silver Cloud et la propose en un tas de coloris différents, unis ou assortis. Et il propose maintenant des phares cerclés de chrome, des pare-chocs séparés et une calandre surmontée de la statuette Solido utilisée sur la Phantom III de la série « Age d’or ».

Voilà qui enrichit un peu le modèle mais surtout, permet de le produire en version Bentley, par simple changement de calandre (qui est moulée d’une seule pièce avec le pare-chocs avant et les projecteurs additionnels). Comme ce procédé est pratique ! Eligor, qui reprit les moules Norev, proposa, au début de la même décennie, deux Rolls-Royce. Chez Norev les pièces rapportées existaient déjà, mais les carrosseries étaient en plastique. Eligor qui les produit désormais en zamak améliore ces pièces rapportées qui permettent d’avoir une flying lady sur la calandre, mais aussi une Bentley type T pour épauler la Silver Shadow dans la gamme automobile.

Grâce à ces petites astuces, Eligor nous proposa aussi une Rolls-Royce 20/25 hp et une Mercedes en utilisant le moule de la Fiat 525. Comment ? Une Rolls-Royce à partir d’une Fiat ? Bon, Fiat produisait encore dans les années 1920 des produits assez haut de gamme, et les carrosseries montées sur les châssis de différents constructeurs automobiles pouvaient provenir du dessin, plus ou moins retouché, d’un même carrossier. Donc, ce n’est pas ridicule et le résultat est plutôt réussi, la 20/25 hp étant alors le « petit » modèle de chez Rolls-Royce. Ce qui l’est moins ce sont les versions « Taxi d’hôtel » qu’ils soient Carlton ou promotionnels. Bien qu’au final les miniatures soient attachantes et qu’on ne puisse pas affirmer qu’une telle utilisation n’a pas été faite d’un de ces châssis.

Voilà donc des exemples d’anciens moules réutilisés pour moderniser des miniatures.
Parfois, c’est vraisemblablement un partenariat qui a fait qu’un moule ou une partie a été utilisée par un concurrent alors en activité. Le premier porte voiture de Dinky-Toys, le Bedford Pullmore est un classique très largement répandu. Moins courant est le Volvo Tekno. Mais ce qui frappe, c’est sa remorque. Même si des détails ou des éléments d’architecture majeurs diffèrent d’une part, et s’il ne faut pas oublier que ces modèles réduits, représentaient des modèles existants d’autre part, on ne peut qu’être surpris par la presque parfaite similitude des remorques. Et là où le doute n’est pratiquement plus permis, c’est lorsque l’on voit les rampes d’accès identiques, proposées dans des étuis identiques.

Il y aussi des moules réutilisés tels quels, avec changement d’un ou deux détails, puis une baisse évidente de la qualité au fil du temps. C’est le cas des Nicky-Toys, marque indienne basée à Calcutta, qui sont l’exploitation d’anciens moules Dinky-Toys. Non retravaillés, on y verra de plus en plus des défauts de moulage. Pour les similitudes et différences, on pourra lire cet article. On voit bien que dans ce cas, et les modèles reproduits ont été nombreux, c’est la recherche d’un investissement initial faible qui a guidé le fabricant. Au cours des années, les roues ne seront plus tournées (mais je pense qu’il s’agissait de stocks rachetés à Dinky-Toys), mais en plastique, d’abord acceptables puis laides, les intérieurs et la capote seront peints d’une même couleur, etc…

C’est très certainement aussi le cas des miniatures en caoutchouc les plus célèbres et d’autres moins. La Ford Thunderbird de chez Tomte-Laerdal est clairement la copie adaptée du moule Corgi-Toys, alors que la Bentley S continental semble être issue de chez Dinky-Toys. Comme la Nicky-Toys, donc ? Oui et non. L’interprétation en est différente. C’est vrai, que si l’on regarde bien la taille et les détails de la belle édulcorée, on note des disparités. Mais comme leur dépanneuse est le Ford 500 de chez Corgi, leur 403 cabriolet issue du moule Solido, etc… on imagine mal Tomte-Laerdal avoir créé ses propres moules. Surtout qu’à l’époque, elles étaient destinées aux tout petits enfants. Ils pouvaient se taper allègrement à coup de Bentley ou de Citroën, les plaies étaient peu profondes ! Je me souviens en avoir eu de plein bacs (d’autos caoutchouteuses, pas de plaies) à l’école maternelle. Inusables, incassables, et très difficilement comestibles, contrairement à ce que pourraient laisser croire les nombreux exemplaires présentant des traces de petites quenottes. Les cabriolets qui ont leur pare-brise intacts sont alors comme neufs, quoiqu’il arrive qu’un passager malchanceux ait été décapité.

Cette quête d’investissement basique fut aussi celui de MetOSul, marque portugaise, qui exista plus de vingt ans durant. Si on reconnaît le moule Corgi-Toys pour la DS19, et bien d’autres fabricants à travers de nombreuses (toutes) références, on fait tout de suite le rapprochement avec Matchbox pour la Rolls-Royce Silver Ghost. Si l’usure du moule n’a jamais permis un travail aussi net que celui du fabricant anglais, on pourra trouver un avantage au modèle portugais. Celui d’être plus conforme à cette véritable légende automobile, quand sa livrée gris argent est reprise avec bonheur, produisant au final, un aspect, sinon une gravure, très fidèle à cette célèbre voiture.


Enfin, on trouve aussi des fabricants qui ayant racheté des moules anciens les utilisent sans modification, afin de rééditer des modèles prisés mais peu courants sur le marché. C’est, par exemple, le cas de la Rolls-Royce Silver Wraith Spot-On de Replicas BV (émanation de la petite mais tentaculaire entreprise Western-Models pour la petite histoire). Bigrement ressemblant, n'est-ce pas ? Evidemment certaines pièces rapportées peuvent différer, telles le vitrage dans le cas étudié, mais le moule et même la base sont identiques. On voit comme pour les Quiralu que la base originale a été réutilisée A ce point, que sur le châssis, on voit bien que la marque Spot-On a été effacée, sans quoi elle serait bien apparue sur cette pièce. Cela rappellera aux lecteurs les plus assidus ce même type de procédé utilisé pour une des ré éditions de la Silver Cloud de chez Quiralu. Sur les premières d’ailleurs, le nom apparaît bien sur la base de l’auto, même si le moule a été quelque peu retravaillé, dans le but, j’imagine, de ne pas faciliter la confusion des séries ou encourager les éventuels contrefacteurs.

Attention cependant. Le cas d’une série comme celles des « Dinky-Toys de mon enfance » éditée par Atlas est différent. Ce ne sont pas les moules d’origine qui ont servi à produire les modèles proposés. Ils ont bien été créés ex-nihilo. Ce qui, sans doute, fut à l’origine de déceptions de la part de collectionneurs qui possédaient les véritables Dinky-Toys correspondantes. La fidélité (non pas à l’auto, mais au jouet d’époque), et l’aspect général, dû à l’ensemble peinture, jantes et pneus, n’étaient pas toujours au rendez-vous. Ceci dit, la Dodge Royal Sedan, est par exemple assez réussie sur ce dernier point.

Voilà un aperçu très succinct de ce qu’on peut trouver de similaires chez l’un ou l’autre fabricant de modèles réduits. Et pour cause ! Ils ont les mêmes moules pour origine, parfois sans même d’adaptation.

Je vous vois venir. Vous allez me dire que c’est normal que les modèles se ressemblent puisqu’ils représent(ai)ent les mêmes véhicules. Eh bien voyez comme les deux ténors de la production interprétaient, à peu près à la même époque les Jaguar Mk X. Et les Type E Référez-vous au comparatif des Type E Corgi vs Dinky de chez Dinky, Corgi et Tekno. Deux sont assez proches en terme de taille, de moule et fonctionnalités, l’autre non. Alors ? Vous me croyez maintenant ?

2 commentaires

  • olivier vergne dit :

    Bravo pour votre site dont j’apprécie particulièrement le ton . je me reconnais dans votre approche de la collection : variété, couleur, déclinaisons à l’infini des variantes. Pour ce qui est des moules METOSUL, je crois qu’il s’agit de copies et non d’une utilisation des moules originaux. Pourquoi ? parce que par exemple les modèles METOSUL sont sortis quelquefois en même temps que leur modèle, et aussi la grande variété des marque d’origine (Floride, DS19 et Mini CORGI, Rolls MATCHBOX, VW et Bus Atlantean Dinky GB transformé 204-R16 DINKY France, Volvo P1800: TEKNO, camion Mercedes VILMER, Mercedes 190/200 GAMA, 304 break : NOREV transformé. Leur qualité est souvent bien inférieure aux originaux. Simplement leur diffusion relativement confidentielle les a mis à l’abri d’éventuelle revendications des créateurs originaux (JOAL et PILEN firent de même avec des POLITOYS, TEKNO, MEBETOYS).

  • admin dit :

    Merci à vous pour ces précisions fort instructives. Puissent plus de lecteurs apporter ce type d’informations. Car je le répète, je suis un amateur et ne connais que… ce que je connais. Et encore !

Laisser un commentaire

Copyright © 2010-2017 Corky Tous droits réservés
Ce site utilise le thème Desk Mess Mirrored, v2.2, de BuyNowShop.com.